Rapport annuel 2025

Rapport annuel 2025 — ABEFAB

Action Communautaire pour le Bien-être de l’Enfant et de la Femme au Burkina
« Une dynamique communautaire au service des vulnérables »

Mot de la Présidente de l’ABEFAB

L’année 2025 a été marquée par un contexte national particulièrement exigeant, caractérisé par des défis sécuritaires, humanitaires, économiques et climatiques qui ont fortement affecté les communautés, en particulier les femmes, les filles et les enfants. Face à cette situation, l’Action Communautaire pour le Bien-être de l’Enfant et de la Femme au Burkina (ABEFAB) est restée fidèle à sa mission de promotion des droits humains, de l’égalité de genre et du bien-être des populations les plus vulnérables.

Au cours de l’année, notre organisation a poursuivi la mise en œuvre de ses actions à travers plusieurs domaines prioritaires, notamment la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre, l’amélioration de l’accès équitable aux services sociaux de base, l’autonomisation socio-économique des femmes et des filles, ainsi que le renforcement du leadership féminin et du plaidoyer pour les droits. Nous avons également intensifié nos interventions en matière de paix, de cohésion sociale et de prévention des conflits, tout en intégrant davantage les enjeux de justice climatique et d’action environnementale sensible au genre dans nos programmes.

Conscients que la durabilité de nos actions repose sur la solidité de notre organisation, nous avons poursuivi le renforcement institutionnel de l’ABEFAB, en améliorant nos mécanismes de gouvernance, de gestion et de redevabilité, afin de répondre efficacement aux attentes des communautés et de nos partenaires techniques et financiers.

Les résultats obtenus au cours de cette année sont le fruit de l’engagement constant de nos équipes, de la confiance des communautés, ainsi que du soutien précieux de nos partenaires. Malgré les défis, nous avons pu contribuer à renforcer la protection des femmes et des enfants, à promouvoir leur autonomisation et à encourager leur participation active dans les processus de décision au niveau communautaire et institutionnel.

Au nom de l’ABEFAB, je tiens à exprimer ma profonde gratitude à l’ensemble de nos partenaires, collaborateurs, bénévoles et bénéficiaires, dont l’engagement a permis de faire avancer notre vision d’une société plus juste, inclusive, pacifique et résiliente.

Nous restons déterminés à poursuivre nos efforts pour que chaque femme, chaque fille et chaque enfant puisse vivre dans la dignité, la sécurité et le respect de ses droits, et contribuer pleinement au développement durable de notre pays.

Mme Marceline TOU/SOALLA
Chevalier de l’ordre du Mérite Burkinabè,
Agrafe promotion de la femme, action sociale et santé
Médaillée d’honneur des Collectivités Locales

I. Informations générales

1.1. Présentation de l’ABEFAB

1.1.1. Adresses et contacts

1.1.2. Zones d’intervention

L’ABEFAB intervient dans sept régions du Burkina Faso et déploie des programmes structurants en leadership féminin, égalité de genre, paix et sécurité, droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR), résilience économique et lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles : régions du Kadiogo (ex. Centre), d’Oubri (ex. Plateau Central), du Yaadga (ex. Nord), de Koulsé (ex. Centre-Nord), du Nazinon (ex. Centre-Est), du Nando (ex. Centre-Ouest), de Djôrô (ex. Sud-Ouest).

1.1.3. Historique

L’Action Communautaire pour le Bien-être de l’Enfant et de la Femme au Burkina (ABEFAB) est une association à but non lucratif de droit burkinabè et de caractère national constituée le 15 septembre 2001 et reconnue de nos jours sous le récépissé n° N000000960 du 14 février 2017 et renouvelé le 04 mai 2022 sous le même numéro. L’ABEFAB est inscrite dans le registre national des organisations à but non lucratif sous le numéro 0001082 du 15/04/2024. Elle est née de la volonté des femmes et jeunes filles qui ont nourri l’idée de se réunir en association en vue d’apporter leur contribution au développement du pays par des actions communautaires inclusives pour un monde plus équitable et juste où les droits et la dignité de la femme sont respectés. L’ABEFAB a placé les femmes, les jeunes filles et les enfants au cœur de ses actions.

1.1.4. Vision, mission, objectifs et principes

Notre vision : Une société burkinabè juste, pacifique et inclusive où les femmes, les jeunes filles et les enfants exercent pleinement leurs droits et leur leadership sans discrimination aucune.

Notre mission : Contribuer à l’effectivité des droits, de la dignité et du pouvoir d’agir des femmes, des filles et des enfants par le renforcement de leur autonomisation, leur protection et leur leadership.

Objectif principal : Œuvrer à l’autonomisation, à la protection et au renforcement du leadership des femmes, des filles et des enfants à travers des actions de plaidoyer féministe et des interventions multisectorielles intégrées en matière de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), d’accès équitable aux services sociaux de base, de justice climatique, de consolidation de la paix et la cohésion sociale, d’autonomisation socio-économique et de renforcement institutionnel.

Principes transversaux : Approche féministe fondée sur les droits humains, intersectionnalité, redevabilité communautaire, participation des femmes leaders, sensibilité aux conflits, durabilité.

Nous nous engageons également de manière ciblée afin que les pouvoirs publics et les responsables politiques tiennent compte des besoins des femmes et des groupes de population défavorisée, et les impliquent dans le développement local.

1.1.5. Stratégies d’intervention

  • La mobilisation communautaire et le plaidoyer ;
  • Le développement du leadership des femmes et des filles en tant qu’actrices de changement ;
  • Les campagnes de sensibilisation de masse et de proximité ;
  • La mise en place d’activités génératrices de revenus pour les femmes ;
  • La formation et l’accompagnement des femmes et des filles ;
  • La prise en charge des femmes, filles et enfants vulnérables ;
  • Le développement de partenariats avec d’autres associations partageant notre vision.

L’équipe de l’ABEFAB travaille en français, en mooré et en dioula avec une capacité d’adaptation en fonction de la langue du milieu à travers l’usage des compétences endogènes.

1.1.6. Domaines d’intervention

  • La promotion des droits humains des femmes et des jeunes filles ;
  • La promotion des droits en santé sexuelle et reproductive (DSSR) ;
  • La réduction des risques de catastrophes et changement climatique (RRC/CC) ;
  • L’accompagnement, la protection et la prise en charge des femmes, filles et enfants victimes de VBG, de catastrophes naturelles, déplacés internes suite à la crise sécuritaire ;
  • La prévention des conflits et la consolidation de la paix ;
  • La formation et la réinsertion socio-professionnelle des femmes et des filles.

1.1.7. Bénéficiaires directs

  • Les femmes, filles et enfants déplacées internes ;
  • Les femmes et jeunes femmes cheffes de ménages ;
  • Les jeunes filles scolarisées et/ou déscolarisées ;
  • Les femmes et filles victimes de violences et/ou de catastrophes ;
  • Les femmes et filles infectées et/ou affectées par le VIH ;
  • Les veuves et les orphelins et autres enfants vulnérables (OEV) ;
  • Les enfants (filles et garçons) en situation de rue ;
  • Les vendeuses ambulantes, les filles domestiques/aides ménagères ;
  • Les femmes et filles en situation de handicap.

1.1.8. Valeurs

Les valeurs suivantes expriment un idéal à atteindre pour l’ABEFAB : Respect des personnes • Transparence • Intégrité • Équité • Engagement • Redevabilité.

1.2. Partenariat

1.2.1. Partenaires techniques et financiers en 2025

Les partenaires techniques et financiers suivants ont soutenu les initiatives de l’ABEFAB en 2025 :

African Women’s Development Fund (AWDF), Feminist Opportunities Now (FON)-Fédération Internationale pour la Planification Familiale (IPPF), ONU-Femmes, ONG Keogo, Front Line Defenders.

1.2.2. Mouvements, coalitions, réseaux et consortiums d’affiliation

DénominationDomaines d’action / Objectif
1Cluster Égalités Genre et InclusionRenforcer la réponse en matière d’égalité, genre et inclusion
2Groupe de plaidoyer national sur la paix et les droits des femmes au Burkina FasoRenforcement du leadership des organisations féminines pour la paix et la sécurité au Sahel
3Réseau NEAR (Network for Empowered Aid Response)Promotion des partenariats justes, équitables et dignes dans le système d’aide actuel pour une véritable participation locale
4Adaptation Research Alliance (ARA)Réduction des Risques et Catastrophes, Changement climatique (RRC/CC)
5Alliance For Feminist MovementsDroits humains des femmes
6Je m’Engage BurkinaPromotion des droits humains des femmes et des filles, développement du leadership féminin
7Girls Not Brides (Filles Pas Épouses)Droits humains des femmes et des filles, lutte contre le mariage d’enfants, l’excision
8Fédération Ouest-Africaine pour la Réconciliation, la Cohésion sociale et le Développement (FOARD)Promouvoir la paix, la cohésion sociale, l’harmonie, la compréhension et le respect mutuel dans la sous-région
9Réseau National des Femmes Engagées (RENAFE)Promotion des droits humains des femmes et des filles
10Coalition Lumière des Femmes de la Région du Kadiogo (CoLReK)Promotion des droits humains et autonomisation socio-économique des femmes et des filles
11Génération Égalité Burkina FasoPromotion des droits humains des femmes et des filles
12Civil Society For Malaria Elimination (CS4ME)Lutte contre le paludisme
13Réseau National des Organisations pour la Lutte contre la Pratique de l’Excision « TAM-TOORE »Lutte contre la pratique de l’excision
14Réseau de la protection contre les Abus et l’Exploitation Sexuels au Burkina FasoLutte contre les abus et l’exploitation sexuels, prise en charge des victimes
15Réseau Africain Jeunesse Santé et Développement au Burkina Faso (RAJS/BF)Droits en santé sexuelle et reproductive des jeunes et adolescents
16Groupe de Co-développement des organisations de défense des droits des femmes (Codev-ODDF)Plaidoyer, DSSR, participation politique des femmes, leadership féminin
17Coalition des OSC intervenant dans les DSSR, y compris l’ISG selon la loiPromotion des DSSR, y compris l’ISG selon la loi
18Coalition pour la défense des droits des domestiques et aides ménagères (C3DAM)Promouvoir et défendre les droits des domestiques et aides ménagères

1.3. Analyse du contexte d’intervention

1.3.1. Inégalités de genre et violences basées sur le genre (VBG)

Au Burkina Faso, les femmes et filles sont confrontées à des violences multiples (violences domestiques, violences sexuelles, mariages précoces, mutilations génitales féminines, harcèlement et VBG facilitées par la technologie). Selon le rapport SIGI 2017, 19 % des victimes ont subi des violences émotionnelles, 10 % des violences physiques et 4 % des violences sexuelles. 37 % des femmes ont été victimes de violences conjugales au cours de leur vie contre 16 % des hommes. 80 % des femmes vivant ou ayant vécu en union ont été victimes de pratiques discriminatoires liées à la famille au cours de leur vie. 44 % des femmes mariées l’ont été avant 18 ans et 44 % des Burkinabè estiment cette pratique justifiée.

Dans l’Est du pays, 1 femme sur 10 âgée de 10 à 25 ans affirme avoir été victime de rapt (rapport SIGI 2018). En 2021, les services sociaux en charge du Genre ont enregistré 11 020 cas de VBG dont 9 307 femmes et 1 713 hommes. Du 02 mars 2020 au 31 mai 2023, le Centre de prise en charge des VBG de Baskuy a enregistré grâce au numéro vert de dénonciation (80 00 12 87), 1 139 cas de VBG (958 femmes et 181 hommes).

Les disparités entre zones urbaines et rurales sont importantes : accès limité à l’information, aux services de santé et à la justice pour les populations vulnérables. Les institutions publiques et structures locales de protection sont souvent sous-financées, avec des capacités limitées pour répondre aux besoins des victimes. Les facteurs socioculturels, y compris les normes patriarcales et le poids des traditions, entravent l’accès des femmes et filles à la justice et aux services sociaux.

Aussi, avec l’évolution de la technologie, on constate une augmentation des violences en ligne, exacerbées par la digitalisation croissante et le manque de régulation de l’environnement numérique. Les violences basées sur le genre facilitées par la technologie (VBGFT) englobent diverses formes de violence qui exploitent les outils numériques et les plateformes en ligne : harcèlement en ligne, diffusion non consensuelle d’images intimes, cyberintimidation, et autres comportements abusifs qui ciblent spécifiquement les individus en raison de leur genre. Ces violences peuvent avoir des conséquences graves sur la santé mentale et physique des victimes, et elles sont souvent exacerbées par l’anonymat et la portée des technologies numériques.

1.3.2. Leadership féminin

La participation des femmes aux instances de décision demeure faible au Burkina Faso, malgré les engagements nationaux et internationaux en faveur de l’égalité de genre. Les femmes font face à des obstacles socioculturels, économiques et institutionnels qui limitent leur accès aux postes de responsabilité dans les sphères politique, administrative, communautaire et économique.

Le manque d’opportunités de formation, de mentorat et d’accompagnement, combiné aux stéréotypes persistants sur le rôle des femmes dans la société, freine l’émergence d’un leadership féminin fort et inclusif. Le renforcement des capacités des femmes et des filles, ainsi que la promotion d’un environnement favorable à leur participation, sont essentiels pour garantir une gouvernance plus équitable, inclusive et durable.

1.3.3. Autonomisation économique des femmes

Les femmes au Burkina Faso jouent un rôle essentiel dans l’économie familiale et communautaire, mais leur accès aux ressources productives, aux financements, à la formation professionnelle et aux opportunités économiques demeure limité. Cette situation est exacerbée par la pauvreté, l’insécurité et les effets du changement climatique, qui affectent particulièrement les activités génératrices de revenus exercées par les femmes.

Les inégalités d’accès à la terre, au crédit, aux technologies et aux marchés réduisent leur capacité à développer des activités économiques durables et à renforcer leur résilience face aux crises. L’autonomisation économique des femmes constitue pourtant un levier essentiel pour la réduction de la pauvreté, la cohésion sociale et le développement durable des communautés.

1.3.4. Participation politique des femmes

Malgré des avancées législatives, la représentation des femmes dans les instances politiques et électives au Burkina Faso reste insuffisante. Les barrières socioculturelles, le manque de ressources financières, les violences politiques et les stéréotypes liés au genre limitent l’engagement des femmes dans la vie publique et leur accès aux fonctions électives et décisionnelles.

Le faible niveau de participation des femmes dans les processus de gouvernance réduit la prise en compte de leurs besoins et priorités dans les politiques publiques. La promotion de la participation politique des femmes, y compris des jeunes et des femmes vivant avec un handicap ou en situation de vulnérabilité, est indispensable pour renforcer la démocratie, la transparence et l’inclusion.

1.3.5. Droits humains des femmes

Malgré les engagements pris par le Burkina Faso en matière de droits humains, les femmes continuent de faire face à de nombreuses violations de leurs droits fondamentaux, liées aux discriminations, aux inégalités de genre et aux normes sociales restrictives. L’accès limité à la justice, à l’éducation, à la santé et aux opportunités économiques empêche de nombreuses femmes de jouir pleinement de leurs droits.

Les crises sécuritaires et humanitaires ont accentué les vulnérabilités, exposant davantage les femmes et les filles aux violences, à l’exploitation et à l’exclusion sociale. Le renforcement des mécanismes de protection, la promotion de l’égalité de genre et la sensibilisation des communautés sont essentiels pour garantir le respect, la protection et la réalisation effective des droits humains des femmes.

1.3.6. Paix, sécurité et conflits

Le contexte sécuritaire au Burkina Faso a profondément affecté les communautés, entraînant des déplacements massifs de populations, la perte de moyens de subsistance et une fragilisation du tissu social. Les femmes et les filles sont particulièrement touchées par les conséquences des conflits, notamment les violences, la pauvreté, la déscolarisation et la marginalisation dans les processus de prise de décision. Les populations déplacées sont exposées à un risque élevé de VBG et à des obstacles d’accès aux services sociaux de base. 1 657 477 personnes ont des besoins de protection dont 22 % de femmes et 60 % d’enfants avec 1,5 % de personnes porteuses de handicaps, selon le Plan de Réponse Humanitaire 2022.

Le contexte social est fortement caractérisé par des déplacements internes massifs des populations avec des défis significatifs liés aux droits humains, à la paix et à la cohésion sociale. À cela s’ajoute l’aggravation des conditions de vie des familles d’accueil déjà confrontées aux conséquences de la dégradation du contexte politique et des conditions socio-économiques. La fragilité sociale et l’absence de mécanismes efficaces de prévention des conflits renforcent les tensions communautaires et les risques de violences. Les femmes et les filles sont également fortement affectées, avec une augmentation des violences basées sur le genre, de violences sexuelles, des grossesses précoces et des difficultés d’accès aux services de santé, d’éducation et aux opportunités économiques. La présence d’engins explosifs improvisés dans plusieurs régions limite en outre l’accès aux services sociaux et aux moyens de subsistance.

Malgré leur rôle essentiel dans la prévention des conflits, la médiation et la cohésion sociale, les femmes restent insuffisamment impliquées dans les initiatives de paix, de sécurité et de reconstruction. La promotion de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, ainsi que le renforcement de la participation des femmes dans les mécanismes de prévention et de gestion des conflits, sont indispensables pour construire une paix durable et inclusive.

1.3.7. Justice climatique et environnement

Le Burkina Faso est fortement exposé aux effets du changement climatique, notamment la recrudescence des sécheresses, des inondations et la dégradation des terres, qui compromettent la sécurité alimentaire et fragilisent les moyens de subsistance des populations. Les femmes, en raison de leur rôle central dans la gestion des ressources naturelles et des besoins domestiques, sont parmi les plus touchées par ces crises environnementales.

Ces impacts se traduisent par une aggravation de la pauvreté, une détérioration des conditions de santé, une augmentation du décrochage scolaire des filles et une réduction des opportunités économiques pour les femmes. Malgré cette vulnérabilité accrue, l’intégration de l’approche genre dans les politiques et programmes climatiques demeure insuffisante, ce qui limite l’efficacité des réponses apportées et réduit la capacité des communautés, en particulier des femmes, à s’adapter et à renforcer leur résilience face aux changements climatiques.

1.3.8. Santé sexuelle et reproductive

Au Burkina Faso, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive demeure limité, en particulier pour les femmes, les adolescentes et les jeunes vivant dans des contextes de vulnérabilité, de pauvreté ou de crise sécuritaire. Les insuffisances en matière d’information, de services adaptés, de personnel qualifié et d’infrastructures sanitaires contribuent à maintenir des taux élevés de grossesses précoces, de mariages d’enfants, d’infections sexuellement transmissibles et de mortalité maternelle.

Les normes sociales discriminatoires, les inégalités de genre et les violences basées sur le genre restreignent davantage la capacité des femmes et des filles à exercer leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Dans les zones affectées par les crises humanitaires, ces difficultés sont aggravées par la désorganisation des services sociaux de base et l’augmentation des risques d’exploitation, d’abus et de violences sexuelles.

Malgré les engagements nationaux et internationaux en faveur des droits sexuels et reproductifs, l’intégration effective de l’approche genre et des droits humains dans les politiques et programmes de santé reste insuffisante, limitant l’accès équitable à des services de qualité et la pleine autonomie des femmes et des filles sur leur corps et leur santé.

1.3.9. Enfance et vulnérabilité

Les enfants, en particulier les filles, handicapés ou déplacés, rencontrent des barrières importantes dans l’accès à l’éducation et aux services de protection sociale. Selon le Plan national de réponse humanitaire 2025, l’insécurité a entraîné des déplacements massifs, avec plus de 2,06 millions de personnes déplacées internes, dont 58,5 % sont des enfants. La crise a fortement affecté le secteur de l’éducation : au 31 mai 2023, 6 149 structures éducatives étaient fermées, touchant plus de 1 041 681 élèves. Malgré des réouvertures progressives, plusieurs écoles restent fermées ou délocalisées, privant les enfants d’un environnement protecteur et augmentant les risques de déscolarisation, d’exploitation et de violences.

L’affaiblissement des mécanismes communautaires et institutionnels de protection a accru la vulnérabilité des enfants. L’analyse multisectorielle du Plan national de réponse humanitaire estime que 1 842 924 enfants, y compris ceux vivant avec handicap, auront besoin de services de protection en 2025.

Les enfants déplacés, retournés et issus des communautés hôtes sont particulièrement exposés aux mariages d’enfants, aux mutilations génitales féminines, au travail des enfants, à la traite, à la séparation familiale, à l’enrôlement par des groupes armés et à une détresse psychosociale liée aux violences et aux déplacements. L’accès limité aux services de santé mentale, aux structures de protection et aux mécanismes de référencement constitue un obstacle majeur à leur prise en charge.

Au-delà des risques physiques et économiques, la crise a également entraîné des répercussions importantes sur le bien-être psychosocial des enfants et de leurs accompagnants. L’exposition aux violences, aux pertes de proches, aux pertes de biens et à l’instabilité prolongée peut se traduire par de l’anxiété, des troubles du sommeil, de la dépression, de l’irritabilité ou d’autres formes de détresse psychologique, alors même que l’accès aux services structurés de santé mentale et de soutien psychosocial demeure limité dans certaines zones prioritaires.

La prévalence de grossesses précoces, de travail des enfants et de mariage précoce reste élevée, compromettant le développement et la sécurité des enfants. Les enfants subissent également les impacts indirects des conflits et catastrophes climatiques, avec des risques de malnutrition, d’exploitation et de perturbation scolaire.

1.4. Théorie du changement

L’action de l’ABEFAB repose sur la conviction que le renforcement durable des capacités des femmes, des filles et des enfants, combiné à un accès équitable, sécurisé et de qualité aux services sociaux de base, ainsi qu’à des opportunités économiques, sociales et politiques, constitue un levier essentiel pour la réalisation des droits humains, la réduction des inégalités et la construction d’une société plus juste et résiliente.

Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires, humanitaires, climatiques et socio-économiques au Burkina Faso, les femmes et les filles demeurent particulièrement exposées aux violences, aux discriminations et à l’exclusion des espaces de décision. L’insuffisance d’accès aux services de santé, d’éducation, de protection et de justice, ainsi que les obstacles socioculturels persistants, limitent leur capacité à participer pleinement au développement de leurs communautés. Face à cette situation, l’organisation met en œuvre une approche intégrée fondée sur les droits humains, l’égalité de genre et la participation communautaire.

La théorie du changement s’appuie sur la mobilisation de ressources financières, humaines et techniques, ainsi que sur des partenariats stratégiques avec les organisations de la société civile, les institutions publiques, les collectivités territoriales et les leaders communautaires. Ces collaborations permettent de renforcer la coordination des actions et de favoriser des réponses adaptées aux besoins des populations.

Les interventions portent notamment sur le renforcement des capacités à travers des formations, du mentorat et du coaching sur les droits humains, la santé sexuelle et reproductive, la prévention des violences basées sur le genre, le leadership féminin, la participation citoyenne, la justice climatique, la paix et la cohésion sociale. Elles incluent également des campagnes de sensibilisation communautaire et médiatique visant le changement de normes sociales discriminatoires, l’accompagnement psychosocial, juridique et médical des survivantes de violences, ainsi que le soutien à l’autonomisation économique des femmes.

En parallèle, l’ABEFAB mène des actions de plaidoyer auprès des autorités locales et nationales afin de promouvoir l’intégration du genre et des droits humains dans les politiques publiques, tout en facilitant le dialogue communautaire et la participation des femmes et des jeunes aux processus de gouvernance.

À court terme, ces interventions permettent d’améliorer les connaissances des bénéficiaires sur leurs droits, de renforcer leurs compétences sociales, économiques et organisationnelles, et de faciliter l’accès aux services essentiels. À moyen terme, elles contribuent à l’adoption de comportements plus égalitaires, à la réduction des violences basées sur le genre, au renforcement du leadership des femmes et à une plus grande prise en compte des besoins des groupes vulnérables dans les décisions locales.

À long terme, la mise en œuvre de cette théorie du changement vise à contribuer à l’émergence d’une société burkinabè plus inclusive, équitable, pacifique et résiliente, dans laquelle les femmes, les filles et les enfants sont protégés, autonomes et pleinement engagés dans la promotion des droits humains, du développement durable, de la paix et de la justice sociale.

II. Activités réalisées au cours de l’année 2025

2.1. Activités sur la réduction des risques de catastrophe et les changements climatiques

Ces activités ont été en grande partie réalisées grâce au soutien d’ONU Femmes et du PNUD à travers le projet d’appui à la résilience des femmes agricultrices face au changement climatique (PARFA2C) dans la commune de Kongoussi, province du Bam, région du Centre-Nord au Burkina Faso.

Débuté en octobre 2024, le projet a pris fin en septembre 2025 et a permis la réalisation de diverses activités avec la participation effective des bénéficiaires et des parties prenantes.

Le projet PARFA2C est mis en œuvre dans un contexte de crise sécuritaire et de vulnérabilité accrue des femmes et des filles. Son objectif est de renforcer les capacités des femmes, y compris les déplacées internes (PDI), à Kongoussi, afin de réduire leur exposition aux effets des catastrophes et du changement climatique tout en développant des moyens d’existence durables.

Exécuté en deux phases, le projet s’est articulé autour de deux axes majeurs :

  • Renforcement des capacités communautaires sur la réduction des risques de catastrophes (RRC) et le changement climatique (CC)
  • Appui direct à l’autonomisation agricole et économique

2.1.1. Renforcement des capacités communautaires

a) Consultations des parties prenantes

En amont, des consultations individuelles ont été réalisées à Kongoussi par l’équipe projet, permettant de rencontrer les autorités locales (mairie, haut-commissariat, services en charge de l’agriculture et de l’environnement, direction provinciale de l’action humanitaire du Bam) et des communautaires. Un atelier de consultation réunissant les autorités locales, services techniques et leaders communautaires est intervenu à la suite, permettant de présenter le projet et de plaider pour leur adhésion et accompagnement. L’atelier a été présidé par le 1er vice-Président de la délégation spéciale de la commune de Kongoussi.

b) Formation des leaders communautaires sur les notions de RRC et de changement climatique

L’atelier de formation s’est déroulé du 19 au 20 décembre 2024. Il a été assuré par deux spécialistes de la Direction Provinciale de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale du Bam et de la Direction Provinciale de l’Agriculture, des Ressources Animales et Halieutiques du Bam.

Sept modules ont été développés avec des travaux de groupe ayant permis d’améliorer les connaissances et la maîtrise des participants sur les techniques de réduction des risques et catastrophes, la compréhension de la notion du genre, les techniques pour la production des cultures hors sol, les techniques pour faire face aux changements climatiques. En plus, l’atelier a permis d’apprendre aux participants les techniques d’élaboration de plans d’action pour la résilience communautaire.

L’atelier a regroupé 52 leaders communautaires dont 36 femmes et 16 hommes. À travers cet atelier, les participant(e)s ont été sensibilisés aux concepts de réduction des risques de catastrophe et de changement climatique y compris les directives sur les politiques et approches favorables à la réduction des risques de catastrophes tenant compte de la dimension de genre. Ils/elles disposent de compétences pratiques pour l’élaboration de plans d’action communautaires. En outre, l’engagement des femmes est promu dans la prise de décision concernant la gestion des risques.

c) Information et sensibilisation sur les concepts de RRC et d’adaptation au changement climatique

Les sensibilisations ont été animées par 4 animatrices/teurs qui ont bénéficié de la formation sur les notions de RRC et de changement climatique. Les sensibilisations ont été réalisées dans plusieurs sites de PDI et dans les communautés hôtes de la commune de Kongoussi. L’action a permis de toucher 1 915 personnes dont 1 386 femmes (72,38 %) et 529 hommes (27,62 %).

Diverses thématiques ont été développées : Réduction des Risques de Catastrophe, changement climatique, agriculture durable, signes précoces des catastrophes, rôle des femmes dans la prévention et la résilience communautaire, pratiques agricoles adaptées au climat, hygiène et assainissement en période de catastrophe, préparation familiale aux urgences, protection des femmes et filles en période de crise, importance du reboisement, techniques de reboisement adaptées au milieu local, protection et gestion durable des ressources naturelles.

d) Formation de 50 femmes en agriculture hors sol

La formation s’est déroulée en septembre 2025. Durant deux jours, elle a combiné une partie théorique (techniques de culture hors sol, gestion de la fertilité, choix des spéculations et bonnes pratiques culturales) et une partie pratique permettant aux participantes d’expérimenter concrètement les méthodes enseignées.

Au cours de la formation, l’équipe de l’ABEFAB et les participantes ont reçu les visites successives de la Directrice provinciale de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale (DPAHSN) du Bam qui a présidé l’ouverture de la formation, et du Directeur provincial de l’agriculture et des Ressources animales et halieutiques au dernier jour.

e) Réalisation d’une cartographie participative des risques

Cette activité vise à renforcer les mécanismes communautaires de réduction des risques de catastrophes dans une approche participative et inclusive. L’activité s’est déroulée en septembre 2025 à Kongoussi avec un total de 38 participants dont 30 femmes et 8 hommes (18 jeunes, 4 leaders communautaires, 19 déplacé(e)s internes et 14 hôtes).

2.1.2. Appui direct à l’autonomisation agricole et économique

a) Dotation en semences améliorées

Cette activité consiste à doter 100 femmes cheffes de ménage dont 80 % de PDI évoluant dans l’agriculture en semences améliorées pour la production et la transformation de diverses spéculations. Le ciblage a été fait en collaboration avec la Direction provinciale de l’Action Humanitaire et de la Solidarité Nationale du Bam (DPAHSN).

b) Dotation en matériel de protection

  • 50 paires de gants
  • 50 paires de bottes
  • 50 imperméables
  • 100 bavettes réutilisables

c) Mise en place d’installations pour les activités maraîchères

Deux serres agricoles ont été aménagées au profit de 100 femmes pour améliorer leurs moyens d’existence. Les deux serres (150 m² et 160 m²) sont protégées chacune par une grille de protection d’une superficie de 300 m². Un système de stockage d’eau a également été mis en place avec trois polytanks (deux de 10 000 L avec accessoires et un de 5 000 L avec accessoires), connecté à un forage solaire.

Résultats clés du projet PARFA2C

  • 2 serres agricoles (150 m² et 160 m²) installées et équipées de dispositif de stockage d’eau fonctionnel ;
  • 100 femmes dont 80 femmes déplacées internes cheffes de ménages (80 %) et 20 femmes agricultrices hôtes vulnérables (20 %) bénéficiaires de semences améliorées ;
  • Âge moyen des bénéficiaires : 30 ans ;
  • 1 915 personnes sensibilisées sur la RRC/CC dont 1 386 femmes (72,38 %) et 529 hommes (27,62 %) ;
  • 50 kits de protection fournis.

Résultats qualitatifs

  • Autonomisation renforcée : Les femmes ont acquis des techniques pratiques adaptées à leur réalité (culture hors sol, résilience climatique).
  • Innovation locale : Introduction de pratiques agricoles durables sur sol difficile ou inexploité servant de site de production et d’apprentissage.
  • Connaissances accrues des communautés sur la RRC/CC : Les communautés disposent de connaissances renforcées et pratiques sur la réduction des risques de catastrophes et l’adaptation au changement climatique.
  • Cohésion sociale : Dialogue renforcé entre PDI et communautés hôtes grâce à la mise en œuvre conjointe des activités.
  • Visibilité accrue des femmes dans la gestion communautaire et la gouvernance locale.

Témoignages de bénéficiaires

Témoignage 1 : « Grâce à ce projet, même sur un rocher, nous savons désormais comment faire pousser la vie. »
— SAWADOGO Clémentine, femme déplacée interne, bénéficiaire

Témoignage 2 : « Avant la formation et la serre que nous avons eue, on achetait des condiments au marché, mais actuellement grâce au projet de l’ABEFAB, nous avons pu produire chez nous et nous les vendons et gagnons de l’argent pour accompagner nos maris dans l’achat de vivres. »
— SAWADOGO Romaine, bénéficiaire

Témoignage 3 : « Depuis que je travaille dans la serre, j’ai constaté une nette amélioration de la qualité de nos récoltes. Comme on utilise des méthodes naturelles sans produits chimiques, les plantes tombent moins malades et les ravageurs n’y accèdent presque pas. Les légumes sont sains, bien présentés, et se vendent plus facilement au marché. Même pour la consommation familiale, on est plus rassurées. Franchement, la culture hors sol dans la serre a changé notre manière de produire et de vivre. »
— SAWADOGO Bibata, bénéficiaire

Témoignage 4 : « Grâce au projet, j’ai appris beaucoup de choses et j’ai même partagé mes connaissances avec mes coépouses, et elles ont retenu qu’elles ne doivent plus jeter les ustensiles de cuisine et le matériel hors d’usage comme les vieux seaux, cuvettes, bidons, pneus, etc., car cela peut servir en culture hors sol. »
— KONFE Azeta

Sensibilisation et formation des femmes sur l’agriculture hors sol

À l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes 2025, l’ABEFAB a organisé un atelier de formation des femmes sur l’agriculture hors sol, une technique de culture résiliente qui s’adapte aux effets du changement climatique. Au total, 23 femmes ont bénéficié de cette formation et chacune a reçu une attestation de fin de formation.

En début avril 2025, l’ABEFAB a été sollicitée par les femmes de la commune rurale de Pabré pour animer un panel sur l’autonomisation des femmes et l’agriculture résiliente en lien avec le thème national du 8 mars. À travers ce panel, plus de 50 femmes ont été sensibilisées sur l’entrepreneuriat agricole féminin et les techniques agricoles innovantes. Cette activité, tenue à la mairie de Pabré, a connu la participation d’un représentant du PDS et d’un représentant des services environnementaux.

2.2. Renforcement du leadership féminin dans la promotion de la paix, la sécurité et la cohésion sociale

Ces activités ont été essentiellement développées dans le cadre du « Projet de renforcement du leadership des femmes dans le processus de consolidation de la paix au Burkina Faso » avec le soutien de l’African Women’s Development Fund (AWDF), à travers la subvention LFS – Le Sud aux Rênes du Leadership, une initiative axée sur les actions de plaidoyer. Le projet a débuté en mars 2023.

En 2025, l’ABEFAB a organisé des séances de sensibilisation et des cadres d’échanges et de plaidoyer visant une implication accrue des femmes dans les instances de décisions et de consolidation de la paix ainsi que l’autonomisation des femmes :

  • 3 événements en lien avec la Journée internationale de la Femme, placés sous le thème « Promotion de l’entrepreneuriat communautaire : quelle contribution des femmes ? ». Ces activités ont été animées par des femmes leaders et ont connu la présence de leaders coutumiers et religieux.
  • 2 rencontres d’échanges sur la représentation des femmes dans les institutions politiques et la participation des femmes dans le développement local, réunissant autorités locales, leaders communautaires, religieux, coutumiers, femmes et organisations féminines.
  • 1 panel féministe sur le thème « Défis et opportunités pour les femmes dans la promotion de la paix et la cohésion sociale », tenu en avril 2025 et ayant réuni une soixantaine de femmes leaders. Il a été animé par le Directeur de l’Éducation au Civisme et à la Citoyenneté et l’Amazone de la paix de la région du Centre.
  • 20 séances d’information, d’éducation et de communication à travers des causeries-débats.
  • 5 émissions radios sur la paix, la réconciliation, la cohésion sociale et le rôle de la femme.
  • 13 messages audio-visuels de leaders d’opinion produits et diffusés.
  • Diffusion de messages sur la paix via les réseaux sociaux par des influenceurs.

Résultats en 2025

  • 60 femmes sensibilisées aux défis et opportunités pour la promotion de la paix et la cohésion sociale ;
  • 2 856 personnes touchées sur Facebook (publication du panel) ;
  • Plus de 1 000 000 de personnes (517 000 femmes et 483 000 hommes) touchées par les émissions radios ;
  • 309 femmes dont 32 PDI et 12 organisations féminines participent activement au plaidoyer ;
  • 21 leaders d’opinion ont pris des engagements signés pour œuvrer à l’implication des femmes dans les instances de recherche de paix.

Témoignages de bénéficiaires

Témoignage 1 : « Le projet m’a permis de prendre la parole en public, à m’exprimer. Le plaidoyer a permis aux femmes de pouvoir s’exprimer, à dire ce qu’elles pensent, quand on sait que dans certaines localités les femmes n’ont pas le droit de prendre la parole. En tant que bénéficiaire de plusieurs formations sur la cohésion et la paix en tant que femme leader et Amazone de la paix, ce projet m’a permis d’être plus en contact avec la population et connaître davantage leurs préoccupations et les crises qui freinent le développement de la société. En guise d’exemple, j’ai joué le rôle de médiatrice dans plusieurs conflits dans ma communauté. » — TRAORE/SANON L. Élise, Amazone, province du Kadiogo
Témoignage 2 : « Grâce à la réalisation des activités de l’AWDF dans la recherche de la paix, nous sommes bien connues dans notre localité par nos chefs coutumiers et les autorités administratives locales. Aujourd’hui grâce aux activités que nous menons, nous sommes connues par la mairie et ils nous associent à leurs activités. Aussi grâce aux différentes formations qu’on a bénéficié de l’ABEFAB, aujourd’hui j’arrive à prendre la parole en public avec beaucoup plus de facilité. » — BAMOGO Rihanata, femme leader de la commune de Saaba
Témoignage 3 : « Le projet m’a aidée à être plus dynamique dans l’animation, et grâce au plaidoyer j’ai été choisie comme membre de gestion des plaintes dans la commune de Koubri. J’ai reçu une attestation de reconnaissance du premier responsable de la commune. Le projet a permis de réconcilier des couples, d’insérer des femmes dans deux groupes WhatsApp de la délégation spéciale. » — SAKANA Korotimi, femme leader de la commune de Koubri

Perception des leaders d’opinion sur le projet

« Si le projet n’est pas là, il fallait l’initier et l’ABEFAB a su le faire car le projet touche réellement les réalités des femmes. Leur participation est entravée par les pesanteurs socio-culturels. Le problème majeur des femmes c’est l’autonomisation économique des femmes, même dans les instances de prise de décision, il faut être économiquement fort pour s’imposer. Les activités de l’ABEFAB ont bien contribué à la résolution de la prise en compte des femmes lors des assises nationales. » — DABONE Dénis, Directeur de l’Éducation au Civisme et à la Citoyenneté
« Félicitation à l’ABEFAB pour l’implication de toutes les couches socio-professionnelles (femmes, leaders d’opinion…). La femme c’est la base et quand on parle de sécurité, de paix, une femme bien sensibilisée peut aider à prévenir une situation d’insécurité par la dénonciation auprès des autorités locales. » — SONKOGL-NAAB Sigri, leader coutumier

2.3. Capitalisation des bonnes pratiques en matière de plaidoyer pour la paix et la cohésion sociale

Le Burkina Faso traverse depuis plusieurs années une crise multidimensionnelle marquée par l’insécurité, les déplacements massifs de populations et la fragilisation du tissu social. Dans ce contexte complexe, les femmes, bien que fortement affectées, se distinguent par leur résilience, leur capacité de mobilisation et leur engagement pour la paix et la cohésion sociale. Consciente du rôle central que jouent les femmes dans la prévention et la résolution des conflits, l’ABEFAB, avec l’appui financier de l’African Women Development Fund (AWDF), a initié le projet « Voix et leadership des femmes pour la paix et la cohésion sociale : succès, leçons apprises et défis dans les initiatives de plaidoyer liées à l’implication des femmes dans la consolidation de la paix au Burkina Faso ». Mis en œuvre sur une période de six mois, de mai à octobre 2025, ce projet a eu pour ambition de documenter, partager et capitaliser les bonnes pratiques issues des initiatives de plaidoyer des femmes leaders œuvrant pour la paix, tout en renforçant les capacités institutionnelles de l’ABEFAB en matière de gestion, de communication et de mobilisation de ressources.

2.3.1. Activités de capitalisation

Organisation de quatre ateliers de capitalisation et d’apprentissage :

  • Atelier de capitalisation des leçons apprises et meilleures pratiques (30 femmes leaders) ;
  • Atelier d’écriture et de production de récits de changement (30 femmes leaders) ;
  • Atelier d’apprentissage par les pairs sur les mécanismes de consolidation de la paix (30 femmes leaders) ;
  • Élaboration d’un recueil de compilation des récits de changement, des leçons apprises et des bonnes pratiques.

Production de supports de capitalisation :

  • Production d’un recueil de récits de changement, leçons apprises et bonnes pratiques, illustré par des témoignages et photos ;
  • Élaboration d’un répertoire « Amazones de la Paix » mettant en valeur les femmes qui ont démontré engagement, détermination et créativité dans les initiatives de plaidoyer.

Production de supports de communication :

  • 2 banderoles
  • 300 flyers / dépliants produits et distribués
  • 2 kakémonos

2.3.2. Activités de renforcement des capacités institutionnelles de l’ABEFAB

  • Formation des membres sur la mobilisation des ressources internes et externes ;
  • Atelier sur les médias sociaux et la communication digitale au service du plaidoyer pour la justice de genre ;
  • Organisation d’une journée portes ouvertes de valorisation des acquis et sensibilisation communautaire ;
  • Appui technique pour la mise en place des outils liés au Système Comptable des Entités à But Non Lucratif (SYCEBNL) ;
  • Audit financier du projet.

Résultats clés

Résultats clésDonnées quantitatives
Ateliers de co-production réalisés4
Conflits gérés par les Amazones de la Paix et documentés124 (115 communautaires, 9 fonciers)
Associations féminines impliquées dans l’initiative32
Récits de changement produits36
Recueil de capitalisation produit1
Répertoire « Amazones de la Paix » réalisé1
Membres ABEFAB formés à la mobilisation de ressources10
Femmes leaders sensibilisées au numérique et médias sociaux30
Portée (vues/auditeurs)9 387

Témoignage : « Je remercie l’ABEFAB pour toutes ces activités ; personnellement, j’ai beaucoup appris. Les activités ont transformé ma vie, sur le plan personnel et social. Grâce à l’ABEFAB, je suis connue dans mon quartier et à chaque situation de conflit, ma communauté comme les familles me sollicitent pour intervenir. En plus, je suis bien connue au niveau de la mairie de l’arrondissement 8 de Ouagadougou. J’ai eu la chance de participer à des émissions radios sur la paix, de participer aussi à des formations hors Ouaga, et les compétences que j’ai reçues m’ont permis de participer activement. Merci à l’ABEFAB et à ses partenaires. »
— ROUAMBA Tiga, Amazone de la paix, arrondissement 8 de Ouagadougou

2.4. Lutte contre les VBG et promotion de la santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles

2.4.1. Lutte contre les violences gynécologiques et obstétricales (VGO)

Grâce au soutien de Feminist Opportunities Now (FON), l’ABEFAB met en œuvre depuis 2024 son projet intitulé « Justice et dignité pour les femmes face aux violences gynécologiques et obstétricales ». Ce projet vise à contribuer à l’élimination des violences gynécologiques et obstétricales que subissent les filles et les femmes au Burkina Faso.

Renforcement des capacités des COGES de santé

Un atelier de formation a été organisé sur les principes de la gouvernance, la gestion des ressources humaines et la gestion financière au profit de 30 participant(e)s issu(e)s des centres de santé des cinq districts sanitaires de la région du Centre. Les modules ont porté sur la structuration et le rôle du COGES, la gestion budgétaire et financière, et l’utilisation d’outils digitaux comme l’application mobile E-Flux Financier.

Émissions radio sur les VGO

Deux émissions radiophoniques ont été réalisées pour sensibiliser la population sur les VGO et promouvoir des pratiques respectueuses des droits des femmes. Les thématiques abordées incluent :

  • Le rôle de la société dans la lutte contre les VGO
  • Les violences gynécologiques et obstétricales : un problème psychologique
  • Santé et droits des femmes lors des soins gynécologiques et obstétricaux
  • Voix des femmes contre les VGO

L’ensemble de ces activités a permis de toucher plus de 400 000 personnes sur toute l’étendue du territoire.

Causeries éducatives

Vingt séances de causeries-débats ont été réalisées dans les centres de santé et au sein de la communauté, permettant de sensibiliser 1 787 personnes dont 1 424 femmes (parmi elles 15 femmes handicapées), 339 hommes et 24 agents de santé.

Les thématiques abordées lors des causeries :

  • L’hygiène intime et la santé reproductive : importance des soins adaptés pour éviter les infections ; bonnes pratiques pour préserver l’équilibre naturel.
  • Les droits des femmes en consultation gynécologique et obstétricale : le consentement éclairé avant tout acte médical ; le droit à une information claire et complète sur les soins ; le respect de la dignité et de l’intimité des patientes.
  • La prévention des violences gynécologiques et obstétricales : reconnaître les actes médicaux abusifs ou non consentis ; briser le silence et savoir vers qui se tourner en cas d’abus ; encourager une approche bienveillante des soins de santé féminins.
  • L’accompagnement et le rôle des femmes leaders : soutenir et orienter les femmes victimes de violences médicales ; collaborer avec les acteurs de la santé pour améliorer la prise en charge ; plaider pour des soins respectueux et humanisés.

Marche féministe de remise de recommandations aux autorités sanitaires

La marche féministe s’est tenue le jeudi 6 mars 2025 et a regroupé une centaine de femmes toutes catégories confondues. Tenue à la Direction régionale de la santé, elle a été suivie de la remise d’un mémorandum de recommandations au Directeur régional de la santé du Centre.

Les principales recommandations inscrites dans le mémorandum :

  • Amélioration du plateau technique des structures sanitaires : mettre à disposition les outils et matériels adéquats pour la prise en charge des femmes ;
  • Sensibilisation à la santé mentale : intégrer des modules sur la santé mentale des femmes, en particulier autour de la grossesse et du post-partum ;
  • Collecte des données : réaliser une enquête nationale sur les VGO ;
  • Favoriser le consentement éclairé : intégrer une fiche de consentement éclairé dans la prestation des soins ;
  • Création de plateformes d’échange : mettre en place des espaces où les femmes peuvent poser des questions et partager leurs expériences ;
  • Services de soutien : intégrer des services de soutien psychologique pour les femmes confrontées à des problèmes de santé reproductive.

Témoignage 1 : « Après les sensibilisations dans les centres de santé, les majors nous ont demandé de venir à chaque rendez-vous des femmes pour continuer les sensibilisations car ce que nous faisons est un travail qui va aider tout le monde concernant la santé des femmes. »
— Madame BAMOGO/OUEDRAOGO Rihanata, féministe rurale dans la commune de Saaba

Témoignage 2 : « C’est grâce au projet de l’ABEFAB que j’arrive à parler de mon histoire. Vous m’avez donné le courage de parler et ça me libère. »
— Salimata Ouédraogo (nom d’emprunt), 35 ans, mère de trois enfants

Formation sur la mobilisation des ressources

Cette formation s’est tenue en juin 2025 au profit de 10 membres de l’équipe staff et des membres de l’ABEFAB. Elle a permis de renforcer les capacités sur la mobilisation des ressources, la recherche de partenariats et la gestion financière et administrative.

Atelier de réflexion stratégique et team building féministe

Cet atelier tenu en juin 2025 a réuni 10 membres de l’équipe de l’ABEFAB pour renforcer la cohésion de l’équipe, favoriser la créativité et intégrer des approches inclusives dans le processus décisionnel.

E-campagne de plaidoyer Menée en juin 2025, la campagne a produit 10 capsules audio-visuelles animées par des actrices/teurs engagés et 20 messages visuels sur les droits en santé sexuelle et reproductive et les VGO. Les publications via Facebook, LinkedIn, X et WhatsApp ont permis d’obtenir :
  • 20 703 vues pour les capsules audio-visuelles
  • 28 229 vues pour les messages visuels
Évaluation des pratiques en matière de soins gynécologiques et obstétricaux L’activité s’est déroulée du 10 au 25 juin 2025, avec l’objectif d’analyser qualitativement les pratiques, perceptions et défis rencontrés par les agents de santé. Neuf agentes de santé se sont prêtées à l’évaluation, réparties sur les cinq districts de Ouagadougou. Élaboration du plan de plaidoyer, du plan SERA féministe et de la stratégie féministe Ces outils ont été élaborés d’avril à juin 2025 avec l’appui d’un consultant, permettant à l’ABEFAB de disposer d’instruments pour contribuer à la réduction des VBG et à la promotion des droits sexuels et reproductifs. Atelier de bilan de fin de projet Tenu le 28 juin 2025, cet atelier a rassemblé plus de 20 parties prenantes pour évaluer collectivement les acquis du projet.

Résultats enregistrés

  • 1 787 personnes sensibilisées (dont 1 424 femmes, 339 hommes, 24 agents de santé) ;
  • 23 agents de santé formés pour améliorer la communication avec les patientes ;
  • 13 féministes engagées pour diffuser les acquis du projet ;
  • 1 groupe de partage d’expérience entre agents de santé ;
  • 4 articles de presse produits sur les VGO (Santé pour Tous, Mousso News, Minute BF) ;
  • 3 émissions (2 TV privée et nationale, 1 radio) et 1 reportage ;
  • 1 outil de sensibilisation produit par la DR santé (carnet de préparation à l’accouchement) ;
  • 1 mémorandum transmis aux autorités sanitaires ;
  • Visibilité accrue sur les réseaux sociaux avec des milliers d’interactions.

Difficultés rencontrées

  • Tabou social autour des VGO : les violences gynécologiques et obstétricales touchant à l’intimité féminine, il a été difficile d’aborder ouvertement le sujet.
  • Réticence de certains agents de santé : une minorité d’agents a perçu les formations comme une remise en question de leurs pratiques, nécessitant une approche diplomatique.
  • Disponibilité limitée des leaders d’opinion : autorités religieuses, coutumières et politiques parfois difficiles à mobiliser.
  • Accès aux zones périphériques : certaines zones ciblées difficiles d’accès pour des raisons logistiques et sécuritaires.
  • Ressources financières limitées face à la demande croissante.

2.4.2. Dépistage du cancer du col de l’utérus

Dans le cadre de ses missions de promotion de la santé des femmes, l’ABEFAB, en collaboration avec l’Association Laafi la Viim (A.L.A.VI), a organisé une campagne de dépistage gratuit du cancer du col de l’utérus en mars 2025 au siège de l’ABEFAB. L’activité a été marquée par une séance de causerie-débat suivie du dépistage gratuit, animée par des professionnels de santé.

Résultats obtenus

Au total, 80 femmes ont été dépistées :

  • 63 femmes testées négatives, soit 78,75 %
  • 17 femmes testées positives, soit 21,25 %

Le taux de positivité de 21,25 % met en lumière la nécessité de renforcer les efforts de sensibilisation et de prévention, car une femme sur cinq, parmi les participantes, présente un risque réel nécessitant une prise en charge médicale.

Prise en charge des cas positifs

Conformément aux engagements pris, les 17 femmes testées positives ont été intégralement prises en charge gratuitement par l’Association Laafi la Viim (A.L.A.VI). Cette prise en charge comprend des examens complémentaires, un suivi médical personnalisé et une orientation vers des structures de traitement spécialisées.

2.5. Promotion de l’autonomisation socio-économique des femmes et des filles

Dans le cadre de sa mission de promotion des droits des femmes et de renforcement de leur résilience, l’ABEFAB a poursuivi en 2025 la mise en œuvre d’activités visant à soutenir l’autonomisation socio-économique des femmes et des filles, considérée comme un levier essentiel pour la réduction de la pauvreté, la prévention des violences basées sur le genre et la participation active des femmes au développement local.

À cet effet, l’organisation dispose d’unités de formation professionnelle dédiées à l’apprentissage de métiers générateurs de revenus, notamment dans les domaines de la couture, de la teinture, du tissage traditionnel et de la transformation des produits locaux. Ces centres constituent des espaces d’apprentissage, de renforcement de compétences et d’accompagnement à l’insertion économique.

Au cours de l’année, plusieurs sessions de formation ont été organisées, notamment en production du pagne traditionnel Faso Danfani, en fabrication de Kokodondo, ainsi qu’en couture au profit des jeunes filles.

Dans une perspective de renforcement de la solidarité économique et du leadership féminin, l’ABEFAB a accompagné la structuration des bénéficiaires en coopératives et en groupements organisés selon leurs domaines d’activités.

Consciente que l’accès aux ressources financières constitue un facteur déterminant pour la réussite des initiatives économiques, l’ABEFAB a développé des partenariats avec des institutions de microfinance :

  • 50 femmes ont bénéficié d’un accompagnement du Groupe d’Accompagnement à l’Épargne et à l’Investissement (GRAINE SARL) ;
  • 60 autres femmes ont été soutenues par la Coopérative Diocésaine d’Épargne et de Crédit de Ouagadougou (CODEC-Ouaga).

Par ailleurs, l’ABEFAB a renforcé sa collaboration avec la Direction Provinciale de la Jeunesse, de la Promotion de l’Entrepreneuriat et de l’Emploi du Kadiogo, en vue de favoriser l’émergence d’initiatives entrepreneuriales portées par les femmes et les jeunes filles.

2.6. Participation à des rencontres, ateliers, panels, conférences

Au cours de l’année 2025, l’ABEFAB a activement participé à plusieurs rencontres, ateliers, panels, cadres de concertation et conférences organisés aux niveaux local, national et international. Ces espaces d’échanges ont porté notamment sur la prévention des violences basées sur le genre, la promotion des droits des femmes et des filles, l’accès aux services sociaux de base, l’autonomisation économique, la paix et la cohésion sociale, ainsi que la justice climatique et le renforcement du leadership féminin.

Voici quelques-unes des participations marquantes :

DatesThèmeOrganisateurLieu
19 février 2025Atelier sur la santé, l’hygiène en milieu scolaireMinistère de l’enseignement secondaireOuagadougou
11-13 mars 2025Formation sur le genre et le plaidoyer humanitaireMédecins du Monde France et FONGHIOuagadougou
10-12 mars 2025Symposium régional sur l’adaptation au changement climatiqueAdaptation Research Alliance (ARA)Kenya
28-30 avril 2025Formation CVTA sur l’accès aux services de SSRSociété des Gynécologues et Obstétriciens du Burkina (SOGOB)Ouagadougou
20-23 mai 2025Formation sur le SYCEBNL, communication digitale, agenda Femmes Paix SécuritéWANEPKoudougou
Juillet-août 2025Atelier Régional sur la Réduction des Risques de CatastrophesONU Femmes / PNUDDakar, Sénégal
23-25 septembre 2025Formation et réseautage sur la localisation de l’aide humanitaireRéseau NEAROuagadougou
6-9 octobre 2025Formation en mobilisation de ressources et suivi-évaluationWANEP / ONU FemmesManga
28-30 octobre 2025Élaboration des projets climatiques innovantsWomen Environmental Programme (WEP-Burkina)Ouagadougou
26-28 novembre 2025Sommet Afrique du Nord-Est 2025 sur la localisationNetwork for Empowered Aid Response (NEAR)Nairobi, Kenya
8-10 décembre 2025Formation en secourismeCICROuagadougou
15-19 décembre 2025Formation des animatrices en techniques d’animationMedicus Mundi SurOuagadougou

2.7. Renforcement des capacités organisationnelles et opérationnelles

En 2025, l’ABEFAB a bénéficié du soutien de ses partenaires (AWDF, FON, WANEP/ONU-Femmes) visant le renforcement de ses capacités organisationnelles et de durabilité. Cela a permis entre autres :

  • Appui technique pour la mise en place des outils SYCEBNL de gestion et de suivi ;
  • Élaboration de l’inventaire des immobilisations et mise à jour du fichier des amortissements ;
  • Élaboration du tableau de correspondance entre ancien et nouveau plan comptable ;
  • Mise en place du logiciel de tenue de la comptabilité paramétré au SYCEBNL ;
  • Mise à jour du registre des donateurs coté et paraphé ;
  • Élaboration du bilan d’ouverture au 1er janvier 2024 ;
  • Élaboration des états financiers SYCEBNL complets au 31 décembre 2024 ;
  • Mise à jour du manuel des procédures administratives, financières et comptables ;
  • Élaboration d’un plan de plaidoyer et d’un plan de SEAR-Féministe ;
  • Formation de l’équipe sur la mobilisation des ressources et la gestion financière ;
  • Formation sur l’utilisation des médias sociaux et la communication digitale ;
  • Révision du plan stratégique avec un plan d’action annuel chiffré et budgétisé ;
  • Élaboration d’une Politique de bonne conduite et de gouvernance, d’une Politique de lutte contre la corruption et la fraude, et d’une Politique Genre et Inclusion ;
  • Élaboration d’un plan de formation continue du personnel, d’un plan de gestion de crise et de continuité administrative, et d’un manuel de gestion des projets et programmes ;
  • Élaboration d’outils de communication ;
  • Réalisation d’audits projets par des auditeurs externes ;
  • Réalisation d’un audit organisationnel assorti d’un plan d’action.

Dans le cadre de son partenariat avec l’Institut Africain de Formation et de Recherche en Action Humanitaire et de Développement (I.A.F.R-A.H.D), l’équipe staff de l’ABEFAB a bénéficié de renforcement des capacités dans divers domaines : planification stratégique, élaboration et soumission d’appels à projets, gestion des subventions USAID, gestion des subventions des grands bailleurs, élaboration des projets et mobilisation des ressources, gouvernance associative.

2.8. Sûreté, sécurité et bien-être

2.8.1. Bien-être de l’équipe

Dans le cadre de l’appui du FON, l’ABEFAB a organisé une activité de team building au profit de son personnel. Cette initiative visait à renforcer la cohésion interne, à améliorer la communication et à consolider l’esprit d’équipe dans un environnement fondé sur la confiance et la collaboration.

Cette activité a également constitué un cadre d’échanges et de réflexion sur les valeurs fondamentales de l’organisation, notamment le féminisme, l’égalité de genre et la diversité. Elle a permis de définir des pistes d’actions concrètes visant à promouvoir davantage l’égalité femmes-hommes au sein de l’organisation.

2.8.2. Sûreté et sécurité

Dans un contexte national marqué par des défis sécuritaires persistants, l’ABEFAB a bénéficié en 2025 du soutien de Front Line Defenders pour le renforcement de la sécurité de son siège. Cet appui a permis la mise en place d’un dispositif de sécurité adapté :

  • Système de vidéosurveillance composé de caméras haute définition couvrant l’intérieur et l’extérieur des locaux, avec capacité de vision nocturne et enregistrement sécurisé ;
  • Serrures renforcées, dispositifs anti-effractions et matériel de protection des accès.

Avant la mise en place de ces mesures, l’ABEFAB faisait face à des vulnérabilités importantes en matière de sécurité, notamment en raison de l’absence de dispositifs de surveillance adéquats. Grâce à cette subvention, l’organisation a pu améliorer considérablement la sécurité de son personnel, de ses équipements et de ses données.

2.9. Suivi-évaluation, redevabilité et apprentissage

Au cours de l’année 2025, l’ABEFAB a accordé une attention particulière au renforcement de son système de suivi-évaluation, de redevabilité et d’apprentissage, considéré comme un élément essentiel pour garantir la qualité, la transparence et l’efficacité de ses interventions.

Plusieurs missions de suivi conjoint ont été organisées avec les partenaires techniques, les services déconcentrés de l’État, les collectivités territoriales et les organisations communautaires. Ces missions ont permis d’apprécier l’état d’avancement des activités, d’identifier les difficultés rencontrées sur le terrain et de proposer des mesures correctives.

Parallèlement, des suivis de proximité ont été réalisés sous la responsabilité des spécialistes locaux et des équipes techniques de l’ABEFAB. Ces visites de terrain ont facilité le contrôle de la qualité des activités, l’accompagnement des bénéficiaires et la collecte d’informations nécessaires à l’évaluation des progrès réalisés.

Le fonctionnement régulier des comités de pilotage a constitué un cadre important de gouvernance et de concertation. Des réunions périodiques de suivi et de cadrage ont été tenues au sein de l’organisation avec les équipes techniques et les responsables de projets.

Dans une logique de redevabilité et d’apprentissage, des rencontres de bilan d’étape et de fin d’exécution ont été organisées avec la participation des bénéficiaires, des leaders communautaires, des partenaires et des autorités locales. Des enquêtes de satisfaction ont également été réalisées dans certaines zones d’intervention.

Enfin, dans un souci de transparence, des rapports d’activités ont été régulièrement élaborés et partagés avec les partenaires techniques et financiers, les services de l’État, les collectivités territoriales et les autres parties prenantes.

2.10. Distinction honorifique

Au cours de l’année 2025, l’Action Communautaire pour le Bien-être de l’Enfant et de la Femme au Burkina (ABEFAB) a reçu une reconnaissance officielle de la part des autorités burkinabè pour son engagement constant en faveur de la promotion des droits des femmes, de la protection de l’enfant et de l’amélioration du bien-être des populations vulnérables.

À l’occasion de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2025, les efforts soutenus de l’organisation dans les domaines de la santé, de l’action sociale, de la prévention des violences basées sur le genre, de l’autonomisation des femmes et de la promotion de l’égalité ont été salués au plus haut niveau. Cette reconnaissance s’est traduite par la décoration officielle de l’ABEFAB au rang de Chevalier de l’Ordre du Mérite de la Santé et de l’Action Sociale avec agrafe « Promotion de la Femme ».

Cette distinction honorifique témoigne de la contribution significative de l’organisation aux politiques nationales de promotion du genre, de protection sociale et d’amélioration des conditions de vie des femmes, des filles et des enfants au Burkina Faso. Elle vient également consacrer plusieurs années d’engagement aux côtés des communautés, des institutions publiques et des partenaires techniques et financiers.

Au-delà de la reconnaissance institutionnelle, cette décoration constitue une source de motivation supplémentaire pour l’ensemble des membres, du personnel et des partenaires de l’ABEFAB. L’ABEFAB réaffirme à travers cette distinction son engagement à maintenir un niveau élevé de professionnalisme, de redevabilité et d’innovation dans la mise en œuvre de ses programmes.

2.11. Leçons apprises

Au cours de l’année 2025, la mise en œuvre des projets dans les domaines de la prévention des violences basées sur le genre, de l’accès aux services sociaux de base, de l’autonomisation économique des femmes, du leadership féminin, de la cohésion sociale, de la justice climatique et du renforcement institutionnel a permis à l’ABEFAB de tirer plusieurs enseignements importants.

  • L’approche intégrée combinant protection, autonomisation économique, sensibilisation communautaire et plaidoyer s’est révélée particulièrement efficace pour répondre aux besoins des femmes, des filles et des enfants en situation de vulnérabilité. L’implication des leaders communautaires, des autorités locales et des services techniques a favorisé une meilleure appropriation des actions et une plus grande durabilité des résultats.
  • L’expérience a montré que le renforcement des capacités des femmes, lorsqu’il est accompagné d’un accès réel aux ressources économiques et aux espaces de décision, contribue significativement à la réduction des violences, à l’amélioration du bien-être familial et à la cohésion sociale.

Par ailleurs, la collaboration avec les institutions publiques, les organisations de la société civile et les institutions de microfinance a permis d’améliorer l’efficacité des interventions et d’élargir les opportunités offertes aux bénéficiaires.

2.12. Bonnes pratiques

Plusieurs bonnes pratiques ont été consolidées au cours de l’année :

  • L’adoption d’une approche participative impliquant les communautés, notamment les femmes, les filles et les organisations féminines dans l’identification des besoins et la mise en œuvre des activités ;
  • La combinaison des activités de sensibilisation, de formation et d’accompagnement économique pour un impact durable ;
  • La structuration des bénéficiaires en groupements et coopératives favorisant la solidarité, le leadership et l’accès aux ressources ;
  • Le développement de partenariats avec les institutions de microfinance pour faciliter l’accès des femmes au crédit et à l’épargne ;
  • L’intégration de l’approche genre, protection et sensibilité aux conflits dans l’ensemble des interventions ;
  • Le renforcement des mécanismes de coordination avec les services techniques de l’État et les collectivités territoriales ;
  • La promotion du leadership des femmes et des jeunes filles dans les espaces communautaires et institutionnels ;
  • La mise en place et la consolidation des cadres d’apprentissage et de redevabilité ;
  • La documentation systématique des récits de changement qui renforce la visibilité et facilite la capitalisation ;
  • La publication périodique des activités qui renforce la visibilité et contribue à sensibiliser un large public sur les droits des femmes.

2.13. Défis et difficultés rencontrés

Malgré les résultats obtenus, la mise en œuvre des activités en 2025 a été confrontée à plusieurs défis :

  • Le contexte sécuritaire et humanitaire a limité l’accès à certaines zones d’intervention et a augmenté les besoins des populations, en particulier des femmes déplacées internes.
  • Les ressources financières disponibles restent insuffisantes au regard de l’ampleur des besoins, ce qui a restreint la couverture des actions prévues.
  • Des résistances socioculturelles persistent encore dans certaines communautés, notamment en ce qui concerne la participation des femmes aux prises de décision, la lutte contre les violences basées sur le genre et la promotion des droits des femmes et filles.
  • Les difficultés d’accès au financement pour les femmes entrepreneures, malgré les partenariats avec les institutions de microfinance, demeurent un obstacle à leur autonomisation économique.
  • Les capacités institutionnelles des organisations communautaires partenaires nécessitent encore un renforcement pour assurer une mise en œuvre plus efficace et durable des activités.

2.14. Recommandations et perspectives

Au regard des leçons tirées et des défis rencontrés, plusieurs recommandations se dégagent pour améliorer l’efficacité des interventions futures :

  • Renforcer les partenariats avec les institutions publiques, les partenaires techniques et financiers et les organisations de la société civile afin d’assurer une meilleure coordination et une mobilisation accrue des ressources.
  • Soutenir davantage le développement d’initiatives économiques durables au profit des femmes et des jeunes, notamment à travers l’accès au financement, la formation professionnelle et l’accompagnement entrepreneurial.
  • Poursuivre les actions de sensibilisation communautaire pour favoriser le changement de comportements et réduire les résistances liées aux normes sociales discriminatoires.
  • Établir des réseaux de femmes engagées dans la paix et la cohésion sociale pour favoriser l’échange d’expériences, de ressources et de bonnes pratiques.
  • Former et encourager les femmes à exploiter les médias sociaux et les technologies numériques pour amplifier leurs voix et partager leurs histoires de réussite.

Par ailleurs, face à l’essor du numérique, les violences basées sur le genre facilitées par la technologie (VBGFT) constituent un enjeu émergent et préoccupant au Burkina Faso. Ces formes de violences — cyberharcèlement, diffusion non consentie de contenus intimes, menaces en ligne, abus numériques — affectent particulièrement les femmes, les filles et les jeunes, limitant leur participation en ligne et leur liberté d’expression.

L’ABEFAB ambitionne d’intensifier la prévention et la réponse aux VBGFT à travers une approche intégrée combinant sensibilisation, renforcement de capacités et accompagnement des survivantes. L’organisation développera des outils adaptés pour la détection et la gestion des cas, tout en renforçant les compétences des acteurs communautaires et institutionnels. Un accent particulier sera mis sur le plaidoyer pour un cadre juridique renforcé et une meilleure régulation des espaces numériques.

Il apparaît également important de renforcer l’intégration des approches genre, paix, protection et résilience climatique dans l’ensemble des programmes, afin de répondre de manière plus adaptée aux crises multiples que connaît le Burkina Faso.

Pour les années à venir, l’ABEFAB entend consolider ses acquis, renforcer ses capacités institutionnelles et élargir ses interventions au profit des femmes, des filles et des enfants, avec l’ambition de contribuer davantage à la construction d’une société inclusive, équitable, pacifique et résiliente.

Conclusion

L’année 2025 aura été une période marquante pour l’Action Communautaire pour le Bien-être de l’Enfant et de la Femme au Burkina (ABEFAB), tant par les défis rencontrés que par les résultats significatifs obtenus au profit des femmes, des filles et des enfants. Dans un contexte national caractérisé par des crises sécuritaires, humanitaires, économiques et climatiques persistantes, l’organisation a su maintenir son engagement et adapter ses interventions afin de répondre de manière pertinente et efficace aux besoins des populations les plus vulnérables.

À travers la mise en œuvre de ses programmes, l’ABEFAB a contribué à la prévention et à la réponse aux violences basées sur le genre, à l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, au renforcement de l’autonomisation économique des femmes, ainsi qu’à la promotion du leadership féminin, de la participation citoyenne et du plaidoyer pour les droits. L’organisation a également œuvré pour la consolidation de la paix et de la cohésion sociale, tout en intégrant les enjeux de justice climatique et de résilience dans ses actions.

Les résultats obtenus témoignent de la pertinence de l’approche intégrée et participative adoptée par l’ABEFAB, fondée sur les droits humains, l’égalité de genre, la redevabilité et l’implication active des communautés. Les progrès réalisés en matière de renforcement des capacités, d’accès aux services, de réduction des vulnérabilités et de participation des femmes aux espaces de décision illustrent l’impact concret des interventions menées sur le terrain.

Toutefois, les défis restent importants. L’insécurité persistante, l’ampleur des besoins humanitaires, les contraintes socio-économiques et les résistances socioculturelles continuent de limiter l’atteinte de résultats à grande échelle. Ces réalités appellent à un renforcement des efforts collectifs, à une mobilisation accrue des ressources et à une coordination renforcée entre les différents acteurs du développement et de l’action humanitaire.

Forte des enseignements tirés au cours de l’année, l’ABEFAB entend consolider ses acquis, renforcer ses capacités institutionnelles et élargir la portée de ses interventions. L’organisation poursuivra ses actions en mettant un accent particulier sur la durabilité, l’innovation, l’inclusion et l’adaptation aux contextes de crise, afin de mieux répondre aux attentes des communautés.

En perspective, l’ABEFAB réaffirme son engagement à œuvrer pour une société burkinabè plus équitable, inclusive, pacifique et résiliente, où les femmes, les filles et les enfants sont pleinement protégés, autonomes et acteurs du changement.

L’ABEFAB exprime sa profonde gratitude à l’ensemble de ses partenaires techniques et financiers, aux institutions publiques, aux organisations de la société civile, aux leaders communautaires ainsi qu’aux bénéficiaires, pour leur confiance et leur collaboration. Ensemble, nous continuerons à construire des solutions durables pour le bien-être des populations et la promotion des droits humains au Burkina Faso.

« ABEFAB, des femmes leaders au cœur de l’action.
Leur leadership change les règles, leur courage change le monde. »


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